La NASA a choisi les deux terrains martiens où se poseront les rovers jumeaux de la mission Mars Exploration Rovers en Janvier 2004. Les deux sites sont Terra Meridiani et le cratère Gusev, deux terrains extrêment intéressants pour la science qui promettent de prochains grands moments d'exploration.

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    Edouard Weiler, administrateur associé de l'agence spatiale américaine a annoncé vendredi soir au siège de la NASA à Washington, le district fédéral de ColumbiaColumbia, les noms tant attendus des deux sites qu'exploreront les rovers MER-A et MER-BMER-B actuellement au Kennedy Space Center en phase de pré-lancement.

    Après un long processus de sélection sur plus de 155 sites et la nomination de 4 finalistes, c'est un grand travail de recherche et d'analyse pointilleuse de plusieurs mois qui vient de se terminer avec l'annonce des deux sites définitifs : TerraTerra Meridiani et le cratère de Gusev.
    Le premier est une grande plaine tapissée d'un minéralminéral appelé hématitehématite qui se forme habituellement en présence d'eau et le second est un cratère d'impact qui semble avoir abrité jadis un grand lac.
    Ces deux sites sont très intéressants d'un point de vue scientifique et promettent une exploration avec peut-être à la clé de prochaines grandes découvertes.

    Edouard Weiler a fait savoir dans un communiqué que "pour effectuer un bon choix des sites d'atterrissage il faut trouver un équilibre entre la valeur scientifique des terrains et les considérations techniques à prendre en compte pour sécuriser l'atterrissage des rovers. Les sites que nous avons choisis fournissent un tel équilibre".

    Voici en détail les différentes caractéristiques des deux sites choisis :

    Terra Meridiani

    Cette grande plaine volcanique a été depuis longtemps le terrain leader des meilleurs sites d'atterrissage sélectionnés pour les rovers de la NASA. Ce n'est donc pas une surprise de voir qu'il a été finalement choisi.
    En effet, Meridiani Planum a un intérêt scientifique certain : des photographiesphotographies de Mars Global Surveyor ont montré que cette plaine abrite une très forte quantité d'hématite, un minéral gris présent sur Terre dans les sources chaudessources chaudes ou les bassins d'eau. Il est donc également possible que ce minéral soit indicatif d'anciennes sources aquifèresaquifères sur Mars comme il l'est sur la Terre.


    Carte de Terra Meridiani

    Ce minéral d'origine sédimentaire, peut ainsi permettre de retracer l'histoire de l'écoulement de l'eau sur Mars et peut-être de trouver des micro-organismesmicro-organismes fossilesfossiles dans les stratesstrates d'hématite disposées au fond de Meridiani. Donc, non seulement Meridiani Planum est un excellent terrain pour la recherche scientifique, mais en plus son relief relativement lisse pourra permettre un atterrissage sans danger pour un éventuel lander.

    Cependant, le site a aussi un inconvénient de taille : en effet, les très basses témpératures régnant dans Meridiani Planum pourraient bien glacer les composants électroniques et instruments scientifiques sensibles des rovers et abréger ainsi leur espérance de vieespérance de vie de plusieurs semaines... La mission initialement prévue pour durer 3 mois pourrait alors être écourtée et les données scientifiques envoyées seraient alors moins nombreuses.

    Le cratère Gusev

    Tout comme Meridiani Planum, le cratère de Gusev est un site scientifique très intéressant.
    En effet, cet ancien cratère pourrait avoir abrité dans le passé un voir plusieurs lacs alimentés en eau par une grande vallée aboutissant au cratère de Gusev : Ma'adim Vallis. A l'embouchure de cette vallée dans le cratère se forme un deltadelta sur lequel on observe des strates sédimentaires qui peuvent être fortement intéressantes d'un point de vu scientifique comme dans le cas des hématites de Terra Meridiani.


    Carte du cratère Gusev

    Cependant, malgré son grand intérêt scientifique, le cratère de Gusev a trois défauts qui pourraient géner son exploration : tout d'abord, il n'est pas situé dans une région très éclairée comme celà est nécessaire pour la recharge des batteries solaires des rovers. Aussi, selon des images de Mars Global Surveyor, le fond du cratère Gusev serait très poussiéreux, ce qui risque de rendre difficile son exploration. En effet, au lieu d'analyser les roches, les instruments scientifiques des rovers risquent d'analyser la poussière, faussant ainsi toutes les données...
    Pour finir, les ventsvents violents soufflant dans le cratère pourraient être dangereux lors de l'atterrissage d'un rover.
    Mais, heureusement, les ingénieurs de la mission ont travaillé dur sur un système d'atterrissage robuste qui devrait être capable de résister à n'importe quelles rafales élevées.

    Meridiani Planum et le cratère Gusev sont deux belles régions à explorer qui pourront nous en apprendre beaucoup sur l'histoire de l'eau et peut-être même de la vie sur Mars, cependant, ils ont également des inconvénients non négligeables pour la sécurité des rovers lors de leur atterrissage et de leur exploration.

    Une évolution de mentalité

    Ainsi, le choix effectué vendredi soir par la NASA montre bien l'évolution de la mentalité de l'agence dans le choix des sites d'atterrissage pour les missions martiennesmissions martiennes :
    En 1976 les deux landers Viking 1Viking 1 et 2 s'étaient posés sur des sites peu intéressants d'un point de vue scientifique, la sécurité des landers avait été privilégiée avant tout.
    En 1997, la mission Mars Pathfinder qui a déposé à la surface de Mars un lander et un petit rover baptisé Séjourner avait essentiellement pour but de raviver l'engouement pour les missions vers Mars en offrant au public de magnifique panoramas et photographies de la surface de Mars pour un résultat scientifique assez mince. Pour cette mission, la NASA avait aussi privilégié un site d'atterrissage (Ares Vallis) le moins dangereux possible.

    Mais aujourd'hui, il semblerait que tout cela ait changé, la NASA a effet pris des risques en sélectionnant un terrain comme le cratère Gusev qui a de nombreux inconvénients qui vont à l'encontre des règles de sécurité réclamées par les ingénieurs de la mission (vent, relief etc...), celà montre bien qu' "il y a clairement eu un effort plus diligent qu'auparavant appliqué à l'optimisation de la science face aux risques encourus à l'atterrissage dans la sélection des sites" fait remarquer James Garvin, scientifique du programme martien de la NASA.

    Pour tous les passionnés de Mars, il y a de quoi s'en réjouir ! Les rovers de la NASA atterriront en Janvier prochain dans deux lieux superbes dont l'exploration sera palpitante et les découvertes sûrement au rendez-vous.

    Sources : Space.com / NASA
    Crédit Images : NASA/JPLJPL/OlivierOlivier Poch, NASA Ames