L’année prochaine, le réseau méditerranéen d’experts sur les changements climatiques et environnementaux (MedECC) rendra un rapport complet et très attendu sur la situation en matière de réchauffement climatique autour de la « Grande bleue ». Il y a quelques jours, des résultats préliminaires ont été rendus publics. Ils montrent une région plus durement touchée que le reste de la planète.


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    Après l'Arctique, la Méditerranée serait la région du monde la plus touchée par le réchauffement climatique. C'est la triste conclusion préliminaire de travaux menés par le réseau méditerranéen d’experts sur les changements climatiques et environnementaux (MedECC). Un réseau de plusieurs dizaines de scientifiques indépendants issus d'une vingtaine de pays.

    Jusqu’à plus 3,8 °C dans certaines régions

    Le rapport complet doit être rendu l'an prochain. Mais déjà, les chercheurs notent des températures de 1,5 °C environ au-dessus des moyennes d'avant la Révolution industrielle (1880-1899). Soit quelque 20 % de plus que sur le reste de la planète où le réchauffement est actuellement établi à +1,1 °C. Et ils annoncent que « sans mesure d'atténuation supplémentaire, la température régionale augmentera de 2,2 °C - par rapport à la période préindustrielle - d'ici 2040, pouvant dépasser 3,8 °C dans certaines régions d'ici 2100. »

    Et ce sont les périodes estivales qui devraient finir les plus impactées. À prévoir, notamment, des vagues de chaleur et des canicules plus fréquentes et plus intenses que par le passé. Encore plus dans les villes sous l'effet des îlots de chaleurchaleur urbains.

    Avec le réchauffement climatique, les rendements des cultures devraient baisser. En Égypte, par exemple, la production de légumes pourrait accuser une chute de 40 % d’ici 2050. © congerdesign, Pixabay License
    Avec le réchauffement climatique, les rendements des cultures devraient baisser. En Égypte, par exemple, la production de légumes pourrait accuser une chute de 40 % d’ici 2050. © congerdesign, Pixabay License

    Une hausse des températures et bien plus encore

    Les modèles climatiques montrent par ailleurs une nette tendance à la réduction des précipitations. La fréquence et l'intensité des sécheresses ont déjà sensiblement augmenté depuis 1950. « Dans le sud et à l'est de la Méditerranée, les précipitations pourraient diminuer de 20 % si nous parvenons à contenir le réchauffement à 2 °C. Et de 40 % si nous ne faisons rien », expliquent les chercheurs. Ce sont ainsi quelque 250 millions de personnes qui pourraient se retrouver considérées en situation de « stress hydrique » d'ici 20 ans seulement.

    Côté élévation du niveau de la mer, de nombreuses incertitudes planent encore. Les chercheurs constatent cependant que le niveau de la Méditerranée semble augmenter de plus en plus vite. Il s'est élevé de 0,7 mm par an entre 1945 et 2000, de 1,1 mm par an entre 1970 et 2006 et de 3 mm par an ces deux dernières décennies ! « D'ici 2050, les villes méditerranéennes représenteront la moitié des 20 villes du monde qui subissent les dommages annuels les plus importants dus à l'élévation du niveau des eaux », concluent les chercheurs du MedECC.

    Une situation qui met les populations en danger, mais aussi les écosystèmesécosystèmes. D'autant que s'y ajoutent les conséquences d'une acidification de l'eau et d'une augmentation des températures de la mer. Les chercheurs attendent une baisse de 0,018 à 0,028 unité de pH par décennie. Et une hausse de température pouvant aller jusqu'à 3,5 °C d'ici 2100, dans certaines régions et selon les pires scénarios. Ainsi, il est par exemple annoncé sur le poids moyen maximum du poissonpoisson devrait baisser de 4 à 49 % entre 2000 et 2050.

    Une infographie pour résume les conclusions des chercheurs du réseau méditerranéen d’experts sur les changements climatiques et environnementaux (MedECC). © MedECC
    Une infographie pour résume les conclusions des chercheurs du réseau méditerranéen d’experts sur les changements climatiques et environnementaux (MedECC). © MedECC

    Changement climatique : scénarios d’évolution pour la Méditerranée

    Une équipe internationale de chercheurs vient de réaliser l'ensemble de projections climatiques régionales le plus complet à ce jour pour la mer Méditerranéemer Méditerranée. Les simulations mettent en évidence un réchauffement de 2 à 4 °C des eaux de surface d'ici à la fin du siècle et des modifications dans la circulation océanique dans le bassin.

    Article du CNRS paru le 02/03/2015

    Température des eaux de surface de la mer Méditerranée établie en 2008 dans le cadre du <a title="Medspiration Project" target="_blank" href="http://cersat.ifremer.fr/thematic-portals/projects/medspiration">projet Medspiration</a>. Celui-ci compile les données quotidiennes haute résolution des eaux du bassin méditerranéen combinée avec celles collectées par des satellites comme Sentinel-3. © Esa
    Température des eaux de surface de la mer Méditerranée établie en 2008 dans le cadre du projet Medspiration. Celui-ci compile les données quotidiennes haute résolution des eaux du bassin méditerranéen combinée avec celles collectées par des satellites comme Sentinel-3. © Esa

    La Méditerranée figure parmi les hot-spots du changement climatiquechangement climatique : les effets attendus y sont particulièrement importants et les impacts environnementaux et socio-économiques risquent d'y être très prononcés. Toutefois, les effets locaux y étaient jusqu'à présent imparfaitement décrits, notamment en raison d'un manque de simulations océaniques à une échelle fine.

    Les chercheurs impliqués dans cette étude ont analysé la réponse de la mer Méditerranée à différents types d'incertitudes dans un contexte de scénarios de changement climatique, grâce à une configuration régionale spécifique du modèle océanique Nemo développée au CNRM-Game, dont la résolutionrésolution horizontale moyenne atteint 10 kilomètres.

    Réchauffement des eaux la Méditerranée de 2 à 4 °C

    Un ensemble de six simulations couvrant la période 2001-2099 a été réalisé. Il permet d'estimer la sensibilité de la réponse océanique au choix du scénario socio-économique ainsi qu'au choix des forçages du modèle régional océanique : caractéristiques hydrographiques des eaux atlantiques qui influencent la Méditerranée à travers le détroit de Gibraltar, apports d'eau fraîche par les rivières et la mer Noiremer Noire et échanges d'eau et de chaleur avec l'atmosphèreatmosphère.

    Cartes des anomalies minimales et maximales de température de surface prévues par l’ensemble de simulations à la fin du XXI<sup>e</sup> siècle (2070-2099) en comparaison avec la période 1961-1990. © <em>Climate Dynamics</em>
    Cartes des anomalies minimales et maximales de température de surface prévues par l’ensemble de simulations à la fin du XXIe siècle (2070-2099) en comparaison avec la période 1961-1990. © Climate Dynamics

    Les simulations concluent à un réchauffement de la température de surface de la mer entre 2 et 4 °C pour la fin du XXIe siècle, l'incertitude étant principalement liée au choix du scénario socio-économique.

    En revanche, ce sont les incertitudes dans l'évolution des caractéristiques des eaux atlantiques qui influencent le plus la circulation des massesmasses d'eau, changeant la stratificationstratification verticale de la colonne d'eau et le phénomène de convectionconvection océanique profonde. Toutes les simulations mettent en évidence des changements importants et rapides de la circulation thermohaline des deux bassins de la Méditerranée. Des changements notables des courants de surface et de la dilatationdilatation d'origine thermique de la mer sont également détectés.

    Un document complet pour préparer l’avenir

    Cet ensemble de simulations constitue à ce jour l'exploration la plus complète de l'éventail des futurs possibles de l'évolution physiquephysique de la mer Méditerranée. Il pourra servir de base de référence à la communauté scientifique s'intéressant aux impacts du changement climatique sur le niveau de la mer régional, les écosystèmes marins et leur conservation ou encore les activités humaines en mer (transport, pêcherie, tourisme), notamment dans le cadre des programmes HyMeX et MerMex du chantier MistralsMistrals.

    Les résultats de cette étude qui réunit des scientifiques du Centre national de recherches météorologiques, Groupe d'étude de l'atmosphère météorologique (Game, CNRM, MétéoMétéo-France, CNRS), du Laboratoire d'études en géophysique et océanographie spatiales (Legos, OMP, CNRS, Université de Toulouse, Cnes, IRDIRD) et de deux laboratoires espagnols (Imedea et Puertos deldel Estado) ont été publiés le 20 février 2015 sur le site de Climate Dynamics.