Évaluer le risque d'interactions entre médicaments est un travail de routine bien ancré dans les protocoles lorsque des chercheurs réalisent une étude clinique. À l'inverse, les interactions médicaments-nutriments sont mal connues et pourraient s'avérer nombreuses.


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    Les médicaments interférant avec des transporteurs intestinaux de nutriments peuvent avoir des effets secondaires sérieux. Mais contrairement aux interactions entre médicaments, peu d'études sont réalisées sur les interactions médicaments-nutriments. C'est le constat d'une équipe de chercheurs qui publie un article dans The American Journal of Nutrition.

    Un essai clinique qui a mal tourné 

    C'est le point de départpoint de départ de l'hypothèse des scientifiques. En 2012, à la fin d'un essai clinique en phase 3 concernant un inhibiteur de la Janus kinase 2 (le fedratinib) contre les syndromes myéloprolifératifs, plusieurs patients ont développé une encéphalopathie de Wernicke à cause du traitement. C'est une affection neurologique sévère dont la cause est généralement la carence en vitamine B1 (ou thiamine). Après l'essai clinique, les chercheurs semblaient ignorer la cause de cet effet secondaire.

    Pour nos investigateurs, des travaux ont montré que ce médicament pouvait entrer en interaction avec le site de transport intestinal de la thiamine venant altérer son absorptionabsorption par l'organisme. Selon les auteurs de l'étude, il faut prendre garde à éviter la prescription de ce type de médicament aux personnes potentiellement déjà carencées en vitamine B1 telles que les personnes séropositivesséropositives au virus de l'immunodéficience humaine, les personnes en état de malnutrition ou encore les personnes alcooliques. 

    Lorsqu'une forte suspicion pèse, il faut entreprendre des études d'évaluation interaction médicaments-nutriments. © nobeastsofierce, Adobe Stock
    Lorsqu'une forte suspicion pèse, il faut entreprendre des études d'évaluation interaction médicaments-nutriments. © nobeastsofierce, Adobe Stock

    Plusieurs médicaments concernés 

    Grâce à des méthodes de pharmacocinétique et à des résultats déjà publiés dans la littérature, les scientifiques ont pu identifier plus de 1.360 composés potentiellement problématiques. Après analyse, il n'en reste finalement que 146 qui possèdent ce potentiel inhibiteur du transporteur de la thiamine au dosagedosage de 200 micromoles. Vingt-huit d'entre eux ont subi des tests afin de déterminer leur concentration inhibitrice médiane (la dose à laquelle une substance inhibe un processus biologique à moitié, généralement mesuré pour constater l'efficacité des médicaments antagonistes) et ils sont capables d'inhiber de 50 % ce transporteur à des doses inférieures à 1 micromole. La plupart sont déjà sur le marché, comme la très connue metformine, utilisée chez les diabétiquesdiabétiques à des fins de régulation de la glycémie.

    Les auteurs appellent donc les autorités à entreprendre des études d'évaluation interaction médicaments-nutriments sur ces médicaments et sur les futurs médicaments du marché lorsque des suspicions pèsent sur leurs interactions avec des nutriments ou des sites d'absorption nutritionnelle.