Une nouvelle espèce de dinosaures herbivores a été découverte en Argentine : Ingentia prima. Celle-ci vivait à la fin du Trias, il y a un peu plus de 200 millions d'années. Il s'agit du plus ancien dinosaure géant connu. Son existence repousse d'au moins 20 millions d'années dans le passé l'apparition des premiers dinosaures de grande taille.

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    Encore vers la fin du XXe siècle, essentiellement pour le grand public, la découverte de fossiles de dinosaures était presque invariablement liée à l'Amérique du Nord. Nous savons, bien sûr, qu'il est possible d'en découvrir en Europe, où, après tout, les premiers restes des « terribles lézards » ont été identifiés, mais les sites qui s'y trouvent sont largement éclipsés par les badlands canadiennes, avec, par exemple, le parc provincial Dinosaur (qui renferme de nombreux restes fossiles vieux de 75 à 77 millions d'années, notamment plus de 60 espèces de dinosaures réparties en 45 genres et 14 familles), ou par le Dinosaur National Monument, situé à la frontière entre les États du Colorado et de l'Utah, aux États-Unis.

    Ces dernières années, beaucoup d'annonces ont tout de même été faites concernant des fossiles de dinosaures découverts en Amérique du Sud, en particulier en Argentine, notamment en Patagonie (des trouvailles très importantes pour l'histoire des dinosaures avaient déjà été faites en Argentine il y a plusieurs décennies). Ainsi, des fossiles de Eoraptor et Herrerasaurus âgés de 225 à 230 millions d'années y ont été découverts ; ces carnivores sont parmi les plus anciens dinosaures connus. Ils provenaient d'une formation géologique désormais mythique située dans la province de San Juan : la formation d'Ischigualasto, encore appelée Valle de la Luna (c'était une plaine alluviale proche d'une zone volcaniquement active avec des dépôts de cendres). On y trouve aujourd'hui des sédimentssédiments carbonatés et des grèsgrès. C'est le seul endroit au monde où il est possible de voir une coupe complète du TriasTrias, la période géologique qui s'étendait de -251 à -199 millions d'années.

    Pour les paléontologuespaléontologues du monde entier, cette région, qui a livré en une quinzaine d'années plus de 1.500 fossiles, est d'ailleurs un eldorado. On peut en effet y étudier aussi bien les premiers dinosaures que les ancêtres directs des mammifèresmammifères, les thérapsides (reptiles mammaliensreptiles mammaliens). Les squelettes de ces derniers, comme les cynodontes, y sont d'ailleurs très abondants, bien plus que ceux des dinosaures, qui ne constituent que 6 % des animaux retrouvés.

    On trouve également la formation Balde de Leyes, associée à la formation Ischigualasto par son âge et sa nature géologique à la fin du Trias. Très prometteuse, elle occupe actuellement le devant de la scène suite à une découverte faite par un groupe de chercheurs argentins qui vient de publier un article retentissant dans Nature Ecology & Evolution.


    La découverte de Ingentia prima. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais apparaissent alors. Cliquez ensuite sur la roue dentée à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © Agencia CTyS

    Ingentia prima, la première espèce de dinosaures géants ?

    La paléontologue Cecilia Apaldetti annonce en effet avec ses collègues l'existence des restes fossilisés de ce qui pourrait bien être la première espèce de dinosaures géants apparue sur TerreTerre. Celle-ci a été baptisée Ingentia prima et ses membres marchaient sur la PangéePangée il y a entre 210 et 205 millions d'années dans ce qui devait ressembler à une savane.

    La découverte de Ingentia prima (ingens signifiant « énorme » en latin et prima « premier »)) est intéressante à plus d'un titre. Le gigantismegigantisme chez les dinosaures était supposé dater du JurassiqueJurassique et avoir débuté il y a environ 180 millions d'années (rappelons que les dinosaures étaient loin d'être tous de grandes tailles). Or, les restes fossilisés trouvés indiquent que nous sommes en présence d'un animal presque adulte, quadrupède et herbivoreherbivore, dont la longueur devait être de 6 à 7 mètres pour un poids d'environ 10 tonnes, soit celui de deux à trois éléphants d'Afrique. La stratégie évolutive du gigantisme aurait donc commencé à être utilisée par les dinosaures plus tôt que prévu. Cela démontre à quel point ces animaux représentaient une explosion évolutive particulière, explosion qui eut ensuite le succès que l'on sait pendant presque 150 millions d'années.

    L'analyse des os fossilisés indique également une vitessevitesse de croissance spectaculaire, trois fois plus rapide que celle estimée pour les autres grands dinosaures sauropodessauropodes du Jurassique et du CrétacéCrétacé, qui, eux, atteignent des poids de parfois 70 tonnes. L'anatomieanatomie de Ingentia prima relie ce dernier à des géants argentins qui apparaîtront après lui, tels Patagotitan (Ingentia prima est-il l'ancêtre de Patagotitan mayorum ?), Puertasaurus et Argentinosaurus, ainsi qu'à d'autres dinosaures connus en Afrique du Sud, ce qui n'est guère étonnant puisque la Pangée commençait juste à se disloquer à la fin du Trias.

    Une autre caractéristique de Ingentia prima révélée par cette analyse est la présence de cavités dans ses os, ce qui les rend plus légers et favorise leur croissance. « Ces cavités pneumatiquespneumatiques indiquent que cette nouvelle espèce avait des sacs aériens très développés et un système respiratoire très efficace, similaire à celui des oiseaux modernes, ce qui lui a permis de garder son corps au frais malgré sa grande taille », précise Cecilia Apaldetti.


    Un titanosaure argentin prétendant au titre de plus grand dinosaure

    Article de Janlou ChaputJanlou Chaput publié le 19/05/2014

    Des paléontologues argentins annoncent par voie de presse avoir découvert quelques os du plus grand dinosaure ayant foulé cette terre. Ce titanosauridé aurait mesuré jusqu'à 20 m de haut pour 40 m de long. Mais les restes demeurent trop parcellaires pour avoir la certitude des proportions avancées.

    Quel fut le plus grand animal à avoir un jour vécu sur notre belle planète ? Les scientifiques ne disposent que d'une certitude : il s'agissait d'un dinosaure sauropode. Mais la liste des concurrents est longue, et elle vient voir un nouveau prétendant s'y ajouter. Dépourvu de nom pour l'instant, cette créature du début du Crétacé supérieur (environ 90 à 95 millions d'années) vivait dans l'actuelle Argentine. Et d'après José Luis Carbadillo et ses collègues du musée paléontologique Egidio Feruglio, ce titanosauridé aurait très bien pu surclasser tous les autres.

    La découverte fait suite à l'alerte donnée par un fermier en 2008, qui signalait la présence d'os géants dans son champ, à 250 km à l'ouest de la ville de Trelew, à La Flecha, dans la province de Chubut. Les fouilles n'ont commencé que cinq ans plus tard, en 2013, alors que le paysan est décédé entretemps. En tout, quelque 150 os environ ont été exhumés, appartenant à 7 spécimens différents. Les estimations de la taille se basent sur le plus grand fémurfémur sorti de terre.

    De sa longueur de 2,4 m et de son épaisseur, les scientifiques ont déduit que son propriétaire devait être capable de soutenir une masse de 77 tonnes, et que sa longueur devait atteindre 40 m pour une hauteur de 20 m. À titre indicatif, c'est le poids d'une bonne dizaine d'éléphants, une longueur supérieure à celle de la baleine bleuebaleine bleue et la hauteur d'un immeuble de 7 étages. Ce véritable géant surpasserait donc l'Argentinosaurus, un cousin qui, comme son nom l'indique, vivait dans la même région, mais aussi durant la même période.

     L’<em>Argentinosaurus</em> compte parmi les plus gros dinosaures. C’était un cousin de ce nouveau sauropode découvert dans le sud de l’Argentine, peut-être plus grand encore. © Nobu Tamura, Wikipédia, CC by-sa 3.0

    L’Argentinosaurus compte parmi les plus gros dinosaures. C’était un cousin de ce nouveau sauropode découvert dans le sud de l’Argentine, peut-être plus grand encore. © Nobu Tamura, Wikipédia, CC by-sa 3.0

    Un dinosaure géant ? Oui. Le plus grand ? On ne sait pas…

    Ce dinosaure, qui sera baptisé ultérieurement en fonction de son gigantisme, de son lieu d'excavation et en hommage au fermier, est décrit comme particulièrement bien conservé, tandis que les scientifiques espèrent même retrouver encore 200 os supplémentaires, appartenant à des individus plus jeunes, ainsi que des restes de carnivores de l'époque, dont des dents, déjà sorties de la roche.

    Si les découvreurs n'hésitent pas à clamer haut et fort qu'ils ont exhumé le plus grand dinosaure, il faut néanmoins nuancer ces propos qui demeurent un peu précipités. D'une part parce qu'il existe plusieurs méthodes de calcul des dimensions de ces géants disparus et qu'elles ne sont pas toujours cohérentes entre elles. D'autre part car il est compliqué et présomptueux de fournir des données précises à partir de squelettes très incomplets : il ne peut s'agir que d'extrapolations, peut-être erronées, notamment en ce qui concerne la hauteur, qui apparaît légèrement démesurée en comparaison de ses cousins titanosauridés. Attendons une publication scientifique pour plus de précisions.

    Enfin, d'autres sauropodes auraient pu avoir une taille semblable, voire supérieure encore. Amphicœlias, Supersaurus, Seismosaurus (parfois renommé Diplodocus hallorum) ou encore Sauroposeidon comptent parmi les principaux rivaux de ce nouveau géant découvert. Difficile, avec le peu de restes dont on dispose, de déterminer le plus grand de tous. Peut-être même gît-il encore sous la terre...