Dans l'histoire de l'astronomie, les éclipses solaires tiennent une place particulière. Phénomènes visuels remarquables, les éclipses ont souvent suscité l'inquiétude chez les peuples primitifs et anciens, avant que les savants de l'Antiquité, du Moyen Âge et de l'époque Moderne ne tentent d'expliquer ces événements rares. 


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    Les éclipses solaireséclipses solaires sont des événements impressionnants visuellement qui fascinent autant qu'ils attirent. Annuellement, les passionnés du monde entier font le déplacement dans divers hémisphères pour observer et photographier le passage de la Lune devant le Soleil. Historiquement, la survenue des éclipses est documentée depuis l'Antiquité, bien que le phénomène existe probablement depuis la création du système Terre-Lune. L'une des premières traces rapportant l’observation d’une éclipse date de 1223 avant J.-C., dans la cité d'Ugarit, dans l'actuelle Syrie. Chez les civilisations anciennes, les éclipses solaires revêtaient un aspect hautement symbolique. Dans un article publié le 13 mars, le Smithonian Magazine aborde les interprétations de ces sociétés désormais disparues, face à des phénomènes cosmiques rares et spectaculaires.

    Quand une grande ombre tombe sur la Terre

    Avant que les savants, de l'Antiquité aux Modernes, ne rationalisent les événements astronomiques, les peuples primitifs et anciens tentaient d'expliquer la disparition du Soleil. Que le monde tombe dans l'obscurité presque soudaine suscitait souvent l'inquiétude, voire l'effroi, chez certains peuples. En Amérique, bon nombre de vestiges et d'artefacts permettent de retracer les réactions face à ces événements irréguliers. Dans le Chaco Canyon, au Nouveau-Mexique, les autochtones auraient assisté à deux éclipses en deux ans, de 1257 à 1259. Deux dates qui semblent avoir influencé les peuples habitant sur place à quitter la région, y voyant un présage de mauvais augure. Plus généralement, en Amérique centrale et plus au sud, les sociétés réagissaient vivement aux éclipses solaires. Pour les Incas, l'éclipse totale était perçue avec beaucoup d'inquiétude et présageait de la mort d'un prince. Des rituels étaient alors mis en place, les individus faisant des offrandes constituées de métauxmétaux précieux, tant de l'argent que de l'or. Il n'était pas rare que des animaux ou même des humains soient sacrifiés pour apaiser les dieux...

    Le Codex de Dresde, datant du XIII<sup>e</sup> au XV<sup>e</sup> siècle, consigne les événements astronomiques observés dans le Yucátan par les peuples mayas. © Bibliothèque d'État et universitaire de Saxe
    Le Codex de Dresde, datant du XIIIe au XVe siècle, consigne les événements astronomiques observés dans le Yucátan par les peuples mayas. © Bibliothèque d'État et universitaire de Saxe

    Même son de cloche chez les Mayas, qui consignaient les phénomènes astronomiques dans des codices. Peu de ces précieux documents ont traversé les siècles jusqu'à nos jours, mais les éléments recueillis appuient l'idée selon laquelle les civilisations prospérant au centre de l'Amérique craignaient les éclipses. L'assombrissement du monde par la Lune était le signe de grande destruction. Le codex de Dresde met en scène des événements apocalyptiques lors d'une éclipse totale, que les Mayas semblaient voir comme une sorte de « fin du monde ». Dans les siècles antérieurs, en Europe et en Asie, les astronomesastronomes tentaient déjà de comprendre le fonctionnement des éclipses. En Chine et en Grèce notamment, durant l'Antiquité, des mathématiciensmathématiciens et savants savaient déjà comment anticiper certains phénomènes.

    Comprendre les monstres cosmiques

    C'est vers 1200 avant J.-C. que les scribes chinois consignent la disparition du Soleil sur le continent asiatique. Les astronomes de la province d'Anyang constatent que le « Soleil a été dévoré ». Les observations se répètent au fil des siècles, avec une nouvelle prédiction au VIIIe siècle avant J.-C., par les Babyloniens. En Grèce, certains mathématiciens s'emploient à comprendre le fonctionnement physique des phénomènes cosmiques. La première prédiction d'une éclipse se produit en 585 avant J.-C., suivant les calculs d'un certain Thales. La véracité de cette assertion est sujette à controverse chez les historienshistoriens : la vie du savant grec est elle-même nimbée de mystères et d'incertitudes...

    Les éclipses solaires sont particulièrement scrutées par les astronomes, qui tentent d'immortaliser la couronne solaire. Ici, l'éclipse totale de 2019 est photographiée au-dessus de l'observatoire de La Silla, au Chili. © ESO
    Les éclipses solaires sont particulièrement scrutées par les astronomes, qui tentent d'immortaliser la couronne solaire. Ici, l'éclipse totale de 2019 est photographiée au-dessus de l'observatoire de La Silla, au Chili. © ESO

    Si les savoirs scientifiques s'aiguisent au fil du temps, les éclipses demeurent le symbole de présages, qu'ils soient bons ou mauvais. Chez les chrétiens, la Lune aurait caché notre étoileétoile quelques jours après la crucifixion. Pour les musulmans du Moyen Âge, une éclipse se serait produite peu de temps avant la naissance de Mahomet. Au début du XVIIe siècle, les thèses de Johannes KeplerJohannes Kepler offrent de nouvelles possibilités pour comprendre le mouvement des astres. Et en mai 1715, c'est l'astronome anglais Edmond HalleyEdmond Halley qui calcule la survenue imminente d'une éclipse totale. De l'ère moderne jusqu'à notre époque contemporaine, le savoir associé aux éclipses et à leur fonctionnement n'a cessé de s'améliorer.

    Voir aussi

    Tout savoir sur l’éclipse solaire totale du 8 avril 2024

    Dans l'imaginaire collectif, l'éclipse solaire est toujours associée à des événements de nature fantastique, par le biais de films, de jeux vidéojeux vidéo ou de livres. Dans la réalité, elles sont une opportunité pour les astronomes amateurs et professionnels de photographier les détails de la couronne solaire. Bien loin des controverses historiques liées à Thales, les chercheurs calculent désormais les éclipses totales des années à l'avance et à l'heure près.