Ce samedi 3 février 2024, la sonde spatiale Juno de la Nasa a effectué comme prévu un deuxième survol rapproché de la volcanique lune Io de Jupiter. Comme le précédent survol du 30 décembre 2023 il s'agissait, selon de la Nasa, de fournir de nouveaux aperçus du fonctionnement du moteur volcanique de Io et de l’existence d’un océan de magma global sous le terrain rocheux et montagneux de cette lune, couvert de dépôts volcaniques soufrés et de coulées et lacs de lave crachés par de très nombreux volcans en activité.

En janvier 1610, lorsque le physicien, mathématicien et astronome italien Galilée commence à pointer sa lunette astronomique en direction de Jupiter, il va découvrir les quatre plus grandes lunes de la géante gazeuse qui dans l'ordre d'éloignement sont Io, Europe et Ganymède, Callisto étant la plus lointaine.

Il ne pouvait pas se douter du caractère extraordinaire d'au moins deux de ces lunes. Il y a Europe et son océan global recouvert d’une banquise et qui contient peut-être des formes de vie. Il y a aussi Io avec ses éruptions permanentes et ses lacs de lave géants comme celui du volcan Loki Patera d'environ 200 kilomètres de diamètre.

Io n'a qu'un diamètre d'environ 3 640 kilomètres (pour mémoire celui de la Lune est de 3 474 kilomètres, donc plus petit !) et elle boucle son orbite autour de Jupiter en 42 heures environ. Elle avait déjà été approchée par les sondes Voyager, Galileo et aujourd'hui Juno - toutes des sondes de la Nasa. Il y a un mois, Juno avait fait un premier survol rapproché de Io en obtenant des images spectaculaires commentées abondamment sur X (Twitter) et traitées par plusieurs experts, donnant des aperçus variés.

Une première image du survol de Io le 3 février mis en ligne par la Nasa. © Nasa, JPL-Caltech
Une première image du survol de Io le 3 février mis en ligne par la Nasa. © Nasa, JPL-Caltech

Io sur X-Twitter

Futura en avait rendu compte dans le précédent article ci-dessous avec des explications supplémentaires, notamment de la raison pour laquelle Io est un enfer volcanique dont on dit qu'il crache bien plus de lave que tous les volcans sur Terre y compris au fond de ses océans.

Le 3 février 2024, Juno a effectué comme prévu un second survol à 1 505 kilomètres d'altitude et si la Nasa a déjà fourni une première photo en noir et blanc, les experts et passionnés des images de Io sur Twitter, en particulier l'incontournable Jason Perry qui avait déjà travaillé sur des images des missions Cassini et Galileo, commencent à mettre des images en ligne.

 

 

 


Une sonde de la Nasa a pris des photos sublimes d’une lune avec des volcans en activité

Article de Laurent Sacco, publié le 2 janvier 2024

Io, la lune volcanique de Jupiter est trop proche de la géante gazeuse pour qu'une sonde interplanétaire puisse s'y maintenir longtemps en fonctionnement en orbite, le flux de rayons cosmiques délétères pour l'électronique embarquée étant trop important. Mais des survols rapprochés restent possibles comme vient de le montrer à la fin de l'année 2023 la sonde Juno de la Nasa. Les images prises dévoilent comme jamais les reliefs volcaniques et les ombres qu'ils projettent.

Il est probable que tous les passionnés de volcans et d'éruptions volcaniques rêvent de contempler en direct les éruptions sur Io, la mythique lune volcanique de Jupiter. À défaut de vraiment se trouver en orbite autour d'elle ou mieux, à sa surface, on peut penser que grâce à la technologie de la communication interplanétaire par laser, de futures sondes dotées d'une IA nous feront de magnifiques retransmissions, presque en direct, de l'activité volcanique dantesque de Io.

En attendant, on peut rêver avec des planétologues spécialistes du volcanisme du Système solaire, comme Rosaly Lopes qui a écrit plusieurs livres sur les volcans et sur Io, devant les dernières images prises par la sonde Juno de la Nasa. Le 30 décembre 2023, elle s'est approchée comme aucune sonde auparavant - de Voyager à Galileo - de la surface de la lune de Jupiter qu'elle a survolée à environ 1 500 kilomètres d'altitude. Plusieurs personnes se sont attelées à traiter les images de la sonde, postant leurs résultats sur X (Twitter). Un autre survol rapproché est prévu pour le début du mois de février 2024.

Io, de Galileo à Juno

On peut rêver aussi avec l'impressionnant traitement avec une IA de la fameuse image prise en 2000 par la défunte sonde Galileo (les zones blanches et orange sur le côté gauche de l'image montrent de la lave chaude nouvellement épanchée. Les deux petits points lumineux sont des sites où la roche en fusion est exposée à la surface au pied des coulées de lave. Le plus grand ruban orange et jaune est une coulée de lave en cours de refroidissement qui faisait plus de 60 kilomètres de long). Elle montre Tvashtar Catena, une chaîne de caldeiras volcaniques géantes centrée à 60 degrés nord et 120 degrés ouest sur Io.

 

 

 

 

Un volcanisme alimenté en énergie par des forces de marée

Dans un communiqué de la Nasa, Scott Bolton du Southwest Research Institute de San Antonio, au Texas, et responsable scientifique de la sonde explique : « En combinant les données de ce survol avec nos observations précédentes, l'équipe scientifique de Juno étudie la façon dont les volcans de Io varient. Nous recherchons à quelle fréquence ils entrent en éruption, à quel point ils sont brillants et chauds, comment la forme des coulées de lave change et comment l'activité d'Io est liée au flux de particules chargées dans la magnétosphère de Jupiter. Avec nos deux survols rapprochés en décembre et février, Juno enquêtera sur la source de l'activité volcanique massive d'Io, si un océan de magma existe sous sa croûte et l'importance des forces de marée de Jupiter, qui pressent sans relâche cette lune torturée ».


Brian Cox nous parle de Io et du lac de lave de la caldeira du volcan Loki dont le diamètre dépasse les 200 kilomètres. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © BBC Earth

Pour la petite histoire, rappelons que c'est très peu de temps avant l'arrivée d'une des sondes Voyager aux abords des lunes de Jupiter que les planétologues Stan Peale, Patrick Cassen et R. T. Reynolds avaient publié en 1979 dans Science un article où ils affirmaient qu'en raison des forces de marée résultant de l'influence de Jupiter, Ganymède et Europe, beaucoup de chaleur devait être produite à l'intérieur de Io.

Cette chaleur provenant de la dissipation de l'énergie mise en jeu dans les déformations de la lune de Jupiter, elle devait engendrer un volcanisme important. De fait, quelques jours après cette publication, en mars 1979, Linda Morabito, alors ingénieur de navigation dans l'équipe de la mission Voyager 1, remarqua un curieux détail sur des photographies prises par la sonde. Tenace, elle décida de s'y intéresser de plus près, de sorte que grâce à son travail, il est plus tard apparu comme la manifestation d'un panache volcanique soufré de 300 kilomètres de hauteur.